
Sentir quelqu’un avant de voir une forme
Certains récits commencent par la conviction de ne pas être seul, avant toute description visuelle. Les travaux sur les expériences de type intrus distinguent cette présence ressentie des perceptions auditives et visuelles qui peuvent l’accompagner. Le modèle reste une manière d’organiser les descriptions et d’en discuter les mécanismes. Cheyne, Rueffer & Newby-Clark (1999) ↗
L’entretien du Centre demande d’abord comment le sujet savait qu’une présence se trouvait là. Une réponse peut renvoyer à un regard ressenti, à la direction d’un bruit ou à une silhouette. Aucun de ces indices ne reçoit, à lui seul, le statut d’une observation indépendante.
Le Hatman comme motif de classement
Le terme Hatman est employé ici pour un ensemble de récits décrivant une silhouette humaine sombre coiffée d’un chapeau. Ce nom courant ne désigne pas une entité reconnue par la médecine du sommeil. Sa présence dans un récit ne dispense pas de décrire les caractéristiques effectivement rapportées.
Le dossier sépare donc le bord du chapeau, la taille supposée, le visage absent ou visible, la posture et la distance. Un portemanteau identifié après le réveil, une silhouette perçue pendant l’épisode et un nom appris plusieurs jours plus tard ne deviennent pas une seule et même donnée.
Dossier P-17 : nommer après la description
Le cahier P-17 présente un double classement. Une première lecture travaille sur les récits dont les noms de figures ont été masqués. Une seconde réintroduit ces noms et l’histoire de leur attribution. La comparaison cherche à rendre visible l’effet d’une étiquette connue.
L’exercice ne vise pas à départager les participants entre croyants et sceptiques. Il porte sur des changements de précision : combien de détails étaient présents avant le nom, lesquels ont été précisés ensuite et lesquels proviennent d’une image déjà partagée ? Les désaccords de codage sont joints à la notice.
Une figure peut circuler avec les récits
Les enquêtes interculturelles montrent que les interprétations diffèrent selon les groupes étudiés. Elles invitent à relever ce qu’un participant connaissait avant l’épisode plutôt qu’à attribuer une explication unique à une population entière. Jalal, Simons-Rudolph, Jalal & Hinton (2014) ↗
Dans le fonds P-17, un nom commun entre deux récits conduit à vérifier des sources possibles : conversation, vidéo, illustration ou question d’entretien. L’existence d’une source partagée n’annule pas l’expérience vécue ; elle change la portée d’une ressemblance présentée comme indépendante.
Pourquoi conserver ce thème dans le catalogue ?
Le Hatman constitue un objet documentaire utile précisément parce que son intitulé semble immédiatement reconnaissable. Il permet d’examiner la frontière entre une forme, une attente et un récit collectif. Le Centre le rapproche d’autres figures nocturnes sans postuler qu’elles auraient une identité commune.
Les notices de présence renvoient aux dossiers sur les incubes, les traditions locales et les faux réveils. Le lecteur peut ainsi comparer les dimensions de l’expérience au lieu de chercher une explication dans un nom unique.
Sources & lectures de référence
Les études ci-dessous sont des publications extérieures au CERPAN. Les notices de méthode du Centre exposent séparément son cadre de lecture.
- Cheyne, Rueffer & Newby-Clark · 1999Hypnagogic and hypnopompic hallucinations during sleep paralysis: neurological and cultural construction of the night-mare
Consciousness and Cognition · DOI : 10.1006/ccog.1999.0404
- Jalal, Simons-Rudolph, Jalal & Hinton · 2014Explanations of sleep paralysis among Egyptian college students and the general population in Egypt and Denmark
Transcultural Psychiatry · DOI : 10.1177/1363461513503378
CERPAN. Présences nocturnes : de la silhouette indéfinie au Hatman. Cahier de recherche, CD-26-05, 2026.