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ATLAS DOCUMENTAIRE

Du Cauchemar de Füssli aux Songes de Redon : lire les images de la nuit

Un parcours dans les œuvres qui donnent une forme au sommeil, à l’oppression et aux visiteurs nocturnes.

Une femme allongée sur un lit, un incube assis sur son torse et une tête de cheval dans la pénombre
Henry Fuseli (Johann Heinrich Füssli) · Le Cauchemar (The Nightmare), 1781.Detroit Institute of Arts ; reproduction Wikimedia Commons · Domaine public · reproduction CC0. Notice de l’œuvre ↗ · Crédits iconographiques ↗

Une image raconte déjà une interprétation

Un tableau peut réunir dans un même espace le corps endormi et les êtres qui semblent peupler son expérience. Cette liberté visuelle ne correspond pas à la situation d’un entretien : celui-ci ne dispose que de paroles, d’indications de contexte et, parfois, d’un enregistrement. L’œuvre et le récit deviennent comparables à condition de décrire d’abord leur nature.

Le classement iconographique du Centre retient l’auteur, le titre, la date, le support et la collection qui conserve l’exemplaire reproduit. Il indique ensuite le motif étudié : poids sur le torse, présence voisine, regard, seuil, sommeil ou réveil. Le motif n’est jamais une identification automatique de maladie.

Füssli : le poids rendu visible

Peint en 1781 et conservé au Detroit Institute of Arts, Le Cauchemar montre une femme allongée, un incube sur son torse et une tête de cheval émergeant de l’obscurité. Le musée souligne que la composition donne forme au sentiment du cauchemar plutôt qu’à une scène simplement vue par la dormeuse. Notice du Detroit Institute of Arts ↗

Le rapprochement avec la paralysie du sommeil appartient aussi à l’histoire médicale de l’œuvre : Jerome M. Schneck lui consacrait un article dans le JAMA en 1969. Cette lecture invite à comparer des descriptions d’oppression ; elle n’établit pas le diagnostic d’une personne représentée. Jerome M. Schneck (1969) ↗

Dürer : le rêve placé à l’oreille

Dans Le Songe du docteur, vers 1498, un homme s’assoupit près d’un poêle tandis qu’un démon lui souffle à l’oreille. Vénus et Cupidon participent à la scène. Le Städel situe cette gravure dans une représentation morale de l’oisiveté et du désir. Il serait donc imprécis de donner à Vénus le nom de succube sans signaler ce déplacement d’interprétation. Notice du Städel Museum ↗

La reproduction associée au dossier sur les incubes et les succubes est un exemplaire du Metropolitan Museum of Art. Son intérêt tient à l’association visuelle du sommeil, d’une influence attribuée à un démon et du désir, au sein d’une composition dont les personnages sont identifiables.

Goya : un bestiaire autour du dormeur

La planche 43 des Caprices, publiée en 1799, entoure un homme assoupi de chouettes et de chauves-souris. Le Metropolitan Museum of Art replace cette image dans la critique sociale portée par la série. Le titre, Le sommeil de la raison produit des monstres, ne doit donc pas être lu comme la légende d’un relevé de laboratoire. Notice du Metropolitan Museum of Art ↗

Une œuvre familière peut fournir aux récits ultérieurs une manière de nommer la nuit. Lorsque le Centre compare des témoignages, il cherche aussi quelles images avaient déjà circulé. Une ressemblance iconographique est une piste de provenance autant qu’un rapprochement de contenu.

Redon : le sommeil et le retour du jour

Deux lithographies accompagnent les dossiers : Sleep, datée de 1898, et Le Jour, planche VI de la série Songes, de 1891. Leurs notices du Metropolitan Museum of Art permettent d’identifier les exemplaires, les techniques et les références d’inventaire. Sleep ↗ · Le Jour ↗

Ces œuvres offrent des façons distinctes de rendre sensible le repos ou l’ouverture d’un espace. Leur place dans les dossiers est indiquée comme un choix iconographique. La légende ne les présente pas comme l’illustration littérale d’un faux réveil ou d’un épisode enregistré.

Comparer sans fabriquer une origine commune

Les travaux de Cheyne et de ses collègues distinguent plusieurs regroupements de perceptions rapportées pendant la paralysie du sommeil. L’intérêt de leur description est précisément de ne pas fondre toutes les sensations et toutes les images dans une figure unique. Cheyne, Rueffer & Newby-Clark (1999) ↗

La lecture des œuvres suit une retenue comparable : un incube, une chouette et un visage aux yeux clos ne deviennent pas les apparitions d’un même personnage. Le parcours conserve leurs différences historiques et matérielles. Les crédits complets et les liens vers les collections sont réunis dans le répertoire iconographique.

Sources & lectures de référence

Les études ci-dessous sont des publications extérieures au CERPAN. Les notices de méthode du Centre exposent séparément son cadre de lecture.

  1. Jerome M. Schneck · 1969Henry Fuseli, Nightmare, and Sleep Paralysis

    JAMA · DOI : 10.1001/jama.1969.03150170051011

  2. Cheyne, Rueffer & Newby-Clark · 1999Hypnagogic and hypnopompic hallucinations during sleep paralysis: neurological and cultural construction of the night-mare

    Consciousness and Cognition · DOI : 10.1006/ccog.1999.0404

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RÉFÉRENCE À CITER

CERPAN. Du Cauchemar de Füssli aux Songes de Redon : lire les images de la nuit. Atlas documentaire, AT-26-04, 2026.

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