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DOSSIER SCIENTIFIQUE

Hypnagogie : les images et les voix de l’endormissement

Décrire les perceptions du seuil du sommeil, leur brièveté et la difficulté de les recueillir sans les transformer.

Visage endormi aux yeux clos, dessiné en noir sur le papier clair d’une lithographie
Odilon Redon · Sleep (Le Sommeil), 1898.The Metropolitan Museum of Art, Harris Brisbane Dick Fund, 1928 · Domaine public · Open Access. Notice de l’œuvre ↗ · Crédits iconographiques ↗

Le moment où une pensée devient une scène

Une phrase semble venir de la pièce voisine ; un visage apparaît puis se défait ; la sensation de tomber interrompt le début du sommeil. Le mot hypnagogie désigne ici les expériences de transition vers l’endormissement. Elles peuvent comporter des éléments visuels, auditifs ou corporels, sans se développer en un récit continu. La revue de Ghibellini et Meier souligne la diversité des descriptions et des méthodes de recueil. Ghibellini & Meier (2023) ↗

Pour documenter ce seuil, le Centre distingue le contenu perçu de l’état que la personne pense avoir traversé. « J’ai vu un visage » et « je ne dormais pas encore » sont deux informations différentes : l’une décrit une expérience, l’autre situe son contexte selon le souvenir disponible. La fiche conserve les deux formulations.

Une voix n’est pas encore un interlocuteur

Un son peut être décrit comme une syllabe, une parole complète ou une voix familière. L’identification de celui qui parle peut être immédiate ou apparaître lors de la reprise du récit. Il importe donc de demander ce qui a été entendu avant de demander qui aurait parlé. Une attribution ultérieure reste datée comme un ajout.

La même règle vaut pour les images. Une tache claire, un profil et une personne reconnue ne reçoivent pas le même code. Une impression de présence sans silhouette visible est consignée séparément. Le répertoire évite ainsi de convertir un fragment en personnage par la seule manière de poser la question.

Endormissement, réveil et immobilité

Le terme hypnopompique situe une expérience autour du réveil. La paralysie du sommeil ajoute une difficulté transitoire à bouger ou à parler ; une image de l’endormissement ne suffit donc pas à identifier une paralysie. Sharpless rappelle également que les hallucinations peuvent accompagner cette dernière sans être nécessaires à sa description clinique. Brian A. Sharpless (2016) ↗

Les enregistrements étudiés par Mainieri et ses collègues montrent l’intérêt de rapprocher un récit d’une observation du sommeil, sur un effectif limité. Ils ne permettent pas d’inférer l’état exact d’un sujet à partir d’une seule phrase. Une scène familière et un sentiment de certitude ne remplacent pas un repère extérieur. Mainieri et al. (2021) ↗

Dossier TRANSITIONS / H-02 : recueillir un fragment

La grille H-02 comporte quatre champs : dernière pensée ordinaire rapportée, premier élément sensoriel, durée ressentie et circonstance de la reprise de contact avec l’environnement. Elle accepte les réponses manquantes. Si la personne ne sait pas si ses yeux étaient ouverts, la case demeure indéterminée.

Deux versions sont conservées : une note brève dans les mots du sujet, puis une description étendue. Le passage d’un mot isolé à une phrase complète intéresse la comparaison, mais il ne doit pas être pris pour une précision automatiquement acquise. Les questions posées entre les deux versions font partie du dossier.

Des mots transmis avec leurs consignes

Certaines fiches du fonds de correspondance portent la mention « Université du rêve » en marge de leur grille d’entretien. Elles sont conservées avec les consignes qui les accompagnaient, afin de suivre les variations du vocabulaire entre les séries.

Dans ce classement, un même terme peut avoir été proposé avant le sommeil, entendu pendant un entretien ou ajouté après lecture. Ces trois provenances restent distinctes. Une comparaison qui ignorerait cette chronologie risquerait de prendre une manière commune de raconter pour une expérience identique.

Lire l’image sans lui demander une mesure

La lithographie de Redon placée en ouverture donne une forme visible au sommeil : yeux clos, inclinaison du visage, économie des traits. Elle sert de repère iconographique. Elle ne décrit ni le tracé d’un enregistrement ni une scène qui aurait été observée chez un participant.

Le rapprochement entre une œuvre et un récit se mène donc en deux temps : décrire séparément ce que chacun présente, puis préciser la question qui autorise leur comparaison. Le catalogue maintient cette distinction jusque dans les légendes et les références.

Sources & lectures de référence

Les études ci-dessous sont des publications extérieures au CERPAN. Les notices de méthode du Centre exposent séparément son cadre de lecture.

  1. Ghibellini & Meier · 2023The hypnagogic state: A brief update

    Journal of Sleep Research · DOI : 10.1111/jsr.13719

  2. Brian A. Sharpless · 2016A clinician’s guide to recurrent isolated sleep paralysis

    Neuropsychiatric Disease and Treatment · DOI : 10.2147/NDT.S100307

  3. Mainieri et al. · 2021Are sleep paralysis and false awakenings different from REM sleep and from lucid REM sleep? A spectral EEG analysis

    Journal of Clinical Sleep Medicine · DOI : 10.5664/jcsm.9056

Consulter la bibliographie commentée ↗
RÉFÉRENCE À CITER

CERPAN. Hypnagogie : les images et les voix de l’endormissement. Dossier scientifique, DS-26-07, 2026.

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